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Dans son nouveau roman intitulé « Rien n’excusera nos lâchetés » (MVO éditions, août 2026), Youcef Zirem scrute notre époque comme on scrute un visage trop longtemps détourné de la lumière, il y voit l’assoupissement de l’Homme, incapable de saisir dans la déflagration sanitaire (pandémie COVID-19) l’occasion d’un sursaut moral. Le monde, revenu à ses automatismes (calculs froids, égoïsmes tenaces, dictatures enhardies, médias bavards et vides, sciences parfois dévoyées) et poursuit sa course vers l’ombre. Pourtant, au cœur de cette obscurité, demeurent des femmes et des hommes silencieux, gardiens d’un feu fragile : l’amour, l’humanisme, la solidarité, la générosité, la fraternité, le respect du vivant et de la planète. Ce sont eux, figures discrètes et essentielles, qui empêchent le monde de se dissoudre entièrement dans l’insignifiance, et qui rappellent, par leur seule présence, que la dignité humaine n’est jamais tout à fait perdue.
La vision fraternelle du monde irrigue l’ensemble de l’œuvre de Youcef Zirem. Poète, romancier, essayiste, journaliste, et animateur d’un café littéraire parisien, il inscrit sa parole dans un horizon résolument humaniste.
Après avoir exercé comme ingénieur d’État dans le domaine pétrolier à Hassi Messaoud et dans un centre de recherches en études géologiques à Boumerdès, Youcef Zirem a choisi de se réinventer pour entrer dans le territoire vibrant des mots. Il est devenu journaliste, avec cette urgence de dire et de témoigner. Durant la décennie noire, alors qu’Alger vivait au rythme des déflagrations, des disparitions et des nuits sans horizon, Youcef a traversé la presse comme on traverse un champ de bataille : avec courage, avec obstination et avec cette foi têtue en la lumière.
Il a travaillé au sein de plusieurs rédactions, passant d’un journal à l’autre comme on change de refuge, comme on cherche un souffle un peu plus sûr : Alger Républicain, Le Quotidien d’Algérie, El Djazira, L’Événement, El Haq, La Nation, Libre Algérie, L’Opinion, La Tribune, Initiatives, Le Magazine, Le Régional, Le Jeune Indépendant, La Dépêche, Algérie-News, L’Est Républicain et Le Quotidien d’Oran. Chacun de ces titres fut pour lui un fragment de vie, un poste avancé, une fenêtre ouverte sur un pays qui vacillait mais refusait de s’effondrer.
Dans ces rédactions souvent improvisées, parfois menacées, toujours en alerte, Youcef a appris à écrire avec la précision de celui qui sait que chaque mot peut devenir une cible, mais aussi une arme, une consolation, une preuve de résistance. Il a vu ses collègues tomber, partir, se taire ; lui a continué, porté par une conviction simple et immense : raconter, même au cœur du chaos, c’est déjà sauver quelque chose du monde. Ainsi s’est dessinée sa trajectoire : un homme qui, après avoir sondé les profondeurs du pétrole, a sondé celles de son pays, de ses blessures et de ses espérances. Un homme pour qui le journalisme n’était pas un métier mais une manière de rester debout. Cette fidélité à la parole, forgée dans l’urgence et le courage, ne s’est pas arrêtée aux frontières de son pays : elle l’a accompagné jusqu’en France, où une nouvelle page de son engagement s’est ouverte.
Mon frère Youcef a quitté l’Algérie il y a une vingtaine d’années. Paris l’a accueilli comme on accueille un voyageur porteur de feu : il s’y est installé pour poursuivre, avec une ferveur intacte, sa vocation d’écrivain et de journaliste. Il a dirigé le journal "Le Kabyle de Paris", animé l’émission "Graffiti" sur Berbère Télévision, et collaboré avec de nombreux médias, toujours avec cette curiosité vive qui le caractérise. Depuis plusieurs années, chaque dimanche, il anime le café littéraire "L’Impondérable", devenu sous son impulsion un véritable foyer de culture et de convivialité. Ce café littéraire parisien est un exemple lumineux de ce que peut être le vivre-ensemble : un lieu ouvert, chaleureux, où les échanges se tissent dans la curiosité, l’amitié et la bonne humeur. Poètes, écrivains, artistes de toutes nationalités et de toutes disciplines y trouvent une table accueillante, un espace où la parole circule librement, où les voix se rencontrent sans se heurter. L’Impondérable est ainsi devenu, au fil des années, un refuge pour les esprits créatifs et un carrefour où se mêlent les imaginaires.
Une vingtaine de livres de Youcef Zirem témoignent d’un flux créateur inépuisable, d’une quête qui ne cesse de se renouveler, comme si chaque ouvrage ouvrait un passage vers une vérité plus vaste. Son attachement aux causes justes, sa fidélité à l’équité, demeurent inébranlables. Rien, ni les épreuves ni les désillusions, ne parvient à altérer cette droiture intérieure qui guide son engagement. Son parcours, d’une dignité rare, nous invite à partager son regard clairvoyant, à reconnaître dans la littérature un espace où la conscience peut encore se tenir debout. Avec un style d’une grande finesse, ciselé dans la patience et la conviction, Youcef croit profondément au pouvoir des mots. Il les saisit non comme de simples ornements, mais comme des forces agissantes, capables d’éclairer, de rassembler, de transformer. Dans son écriture, chaque phrase semble porter la promesse d’un monde plus juste, où la fraternité n’est pas un rêve lointain mais une exigence quotidienne. Son œuvre se déploie comme un appel à la lucidité, à la solidarité et à la persévérance dans l’humain. Une invitation à croire encore, malgré tout, en la puissance transformatrice de la parole.
Hamza Zirem
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