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Figuier se souvient de l'enfant de Boudwaw
Paix à l'âme de Rachid Mimouni ; parti il y a exactement 30 ans, jour pour jour.
J'aime ses romans, je respecte son parcours littéraire. Un homme qui avait de vraies convictions, contrairement à certains scribouillards d'aujourd'hui médiatisés à outrance pour du vent.
J’étais étudiant à l’Institut algérien du pétrole quand « le Fleuve détourné » est sorti, à Paris, aux éditions Robert Laffont. Ce texte osé, parsemé de métaphores, est celui d’un créateur qui se veut un éveilleur de conscience.
En solitaire, Rachid Mimouni, ose à ce moment là, défier un système qui a horreur de toute critique.
Arabophone, Rachid Mimouni est l’un des rares écrivains algériens, à cette période là, à soutenir la revendication amazighe.
« Le Fleuve détourné » est tout de suite un succès de librairie, tout comme la critique ne tarde pas à signaler la naissance d’un écrivain. Pourtant Rachid Mimouni avait déjà publié en Algérie deux beaux textes que je ne me lasse pas de relire : « le Printemps ne sera que plus beau » et « Une Paix à vivre ».
Il faut dire que ce dernier roman avait été, en partie, censuré par l’entreprise étatique d’édition. Mais on trouvait dans « Une Paix à vivre » une profondeur de l’âme, de la nostalgie et un sublime désir de raconter un pays qui vient au monde.
« Le Printemps ne sera que plus beau » est une merveille littéraire : un chant à plusieurs voix, des quêtes multiples de personnages qui disent leur mal d’être face à l’oppression et à l’indignité. Mais Rachid Mimouni ne fut vraiment connu qu’à partir du « Fleuve détourné ».
J’ai eu la chance de connaitre Rachid Mimouni ; il habitait lui aussi Boumerdès. Mais la première fois que je l’ai vu ce n’était pas à Boumerdès : c’était à Figuier, cinq kilomètres, plus loin, à l’est.
Avec des amis, j’ai eu avec Rachid Mimouni de longues discussions littéraires ; parfois nos délires littéraires ne se terminaient que vers quatre heures ou cinq heures du matin.
Rachid Mimouni était d’une simplicité incroyable ; il ne portait jamais de cravate ; il avait un sens de l’écoute et de l’observation inégalables.
L’un des ses meilleurs textes, une nouvelle, « le Poilu », est justement un vibrant hommage à Figuier, à un rocher de la plage. Cette nouvelle raconte l’Algérie des années 1980, une période de lutte et d’espoirs ; une période où une majorité d’Algériens avait respiré le bonheur de vivre malgré les difficultés du quotidien.
Rachid Mimouni avait ensuite écrit d’autres chefs d’œuvre : « Tombéza », « L’Honneur de la tribu » qui lui a pris cinq ans d’effort, « Une Peine à vivre », une remarquable fiction sur les régimes autoritaires et l’arrogance meurtrière des assoiffés du pouvoir.
« La Malédiction », le dernier roman de Rachid Mimouni est sorti juste au moment où l’Algérie s’engouffre dans un cycle infernal de violences multiples
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